28 oct. 2009

Edith

Édith a la résille des bas qui fendouille et l’étalon à plat. Elle renverse toujours des verres de vin dans son corsage elle aime bien qu’on la regarde faire dans les restaurants où l’invitent ses Messieurs. Parfois, il y a des traces de rouges à lèvres sur son plancher –Édith ne fait jamais le ménage de toute façon, chez elle il n’y a pas de meubles, que des grandes coupes ballons, des chandeliers, une sécheuse et de grands draps pendus au plafond. Édith a le blond en déclin par les racines et des rayons de mascara sur les joues, elle brûle des cigares par tous les bouts, ça fait tellement de fumée que parfois elle peut marcher dessus –à condition d’ôter ses escarpins. Et comme ça elle voit plus loin par la fenêtre. Édith ne porte jamais de culotte elle dit : «Les culottes c’est pour les Saintes-Madeleine-Pleureuses», pourtant moi les Madeleine que je connais elles pleurent moins qu’Édith. Édith elle garde ses larmes dans des pots Masson avec des étiquettes : la date, le mec, la connerie. Elle dit : «Comme ça les cons servent».

27 sept. 2009

Building

Toutes les deux sur ton lit caravelle, attendant le sommeil et une bouteille de gin, le chat nous griffonne et la marée monte. Les voiles ne seront plus dressées nous en avons fait des passerelles, la porte est condamnée, mais la fenêtre...

Tu n'as jamais voulu habiter au rez de chaussée

Je vois l'usine et les colonnes de fumée. Elles penchent vers la droite, le vent vient de l'est.
Tu as déjà la tête dehors tes orteils agrippent l'aluminium.

J'ai peur, je crois que nous sommes trop lourdes, et c'est le temps des pommes on pourrait tout simplement retourner à Saint-Hilaire, au parc Fréchette, aller chier dans des bouteilles de jus de fruits et les lancer aux voisins. Mais tu me tends toujours la main, tes yeux ont la nuit en background et j'ai oublié mon nom.

Je n'ai plus d'amis, je n'ai plus de choix. On se fixe deux plumes aux oreilles et main dans la main, sur le rebord d'aluminium, y a des klaxons qui crient sur René-Levesque un cycliste s'est fait frapper et on saute

Tu me dis que tes ailes, tu les as déchirées: ça piquait trop et tes chandails ne te faisaient plus.

17 sept. 2009

Va chier gros carcajou

tu parles trop fort et ta bouche est trop grande tu ris trop fort ça tape sur les fenêtres closes ça sent l'huile à moteur les sons durs fracassants trop clairs trop près de moi ton rire me frappe les tempes - je regarde devant je ne veux pas voir tes yeux tendre la patte et me griffer

3 sept. 2009

L'Andalousie

Elle a pas répondu tussuite
quand on a sonné à sa porte
valises aux mains
plus rien aux pieds

Elle s'était réfugiée dans les ruelles frisées de Granada
Dans le minaret et les montatidos de Sevilla
Sur le toit d'une auberge coincée entre l'Alhambra et le Sierra Nevada
Dans les branches d'oliviers pognées dans les ouaillpeurs.
Elle était partie soulever la jupe à volant de cette danseuse de Flamenco
Elle était devenue le bois sur lequel frappait son talon
Elle avait fait la sieste dans la sangria partagée sur un comptoir acajou
à midi trente

Elle avait signé sur les mains de la logeuse de San Juan de Dios, sur sa manière de donner les clés et de prendre les billets fripés.

Elle a pas répondu tussuite
Fait qu'on est rentré pareil
On l'a rejoint
dans cuisine

24 août 2009

Noche en la ciudad

Tu fais du slalom
entre les passants je te suis
semant le tram
et les boutiques qui mendient
au pied de la cathédrale

Séville s'éteint
comme un mégot

Rétroviseur

On roule les fenêtres ouvertes, le vent fait tournoyer les cheveux de Virginie. On ne parle pas. C'est peut-être parce qu'il fait un soleil liquide et que l'Andalousie nous attend de pied ferme de l'autre côté des collines. On a le trac, des papillons dans le ventre en pensant à Albacin et à Pampaneira, où nous serons demain, après-demain. Guillaume pèle les oranges volées dans une plantation sur le bord de la route, l'odeur de la grosse pelure qui se déchire nous parvient par derrière. Les volets des maisons sont clos, il est quinze heure, c'est la sieste.
J'aime tes mains sur le volant. Elles sont la preuve de nos distances, de nos errances et de nos égarements. Sans tes mains on ne serait pas ici - je ne conduis pas manuel.
Dans le miroir je vois tes yeux plissés par le soleil, fixés sur la route blanche. Il n'y a que maintenant qui existe, sur cette route, avec ces deux inconnus sur la banquette arrière, avec ces oranges un peu sèches et ce vent qui ne sent rien, ici, c'est la voiture qui nous garde au sol et je vois dans tes yeux qu'on n'a plus besoin de rêver.

17 août 2009

Retour

dans le champ juste à côté
deux garçons
en vélo eux aussi

on croyait qu'ils s'étaient fait un abri
près du bosquet de vinaigriers
bibelot poussièreux
carcasse d'un temps
de moi
vestige de rêves innocents
de grandes explorations
de cabanes à cinq étages
de potions magiques
de trésors enfouis

de la boue dans nos bottes
le fond de culotte taché de gazon
une rame flotte dans le pit de sable où la neige a fondu

des restes d'amitiés qui s'accrochent
entre les branches
le vent les emporte avant qu'on les atteigne
et les vinaigrier redeviennent des arbres
leurs grappes rouges redeviennent ridicules
laides
dire qu'on les prenait pour des fleurs.

ils construiront de grandes maisons
et le champ juste à côté
deviendra une rue, une cour, des balançoires,
une terrasse, des lampadaires, des pelouses,
des dromadaires, des continents, des dirigeables,
une piscine et un parc
et tout à coup on se sent ridicule
d'être venu dire adieu à un arbre
qui ne se souvient probablement pas de nous