24 févr. 2010

les grands pins

Ce sont des envies de grands départs qui te prennent par le ventre quand tu conduis sur ce boulevard trop large. Des envies de Côte-Nord, de Labrador, de grands vents dans tes poumons, des vents de Matane et de Rimouski, des vents de Sept-Iles, des Éboulements, de Baie-Comeau.
Tu sais plus si c'est l'est ou l'ouest ou le nord qui te tire, qui te chante des ballades dans la langue de ta grand-mère, tu veux que ton char avale des kilomètres et des panneaux routiers, tu veux t'arrêter chez des gens que tu connais pas pis demander ton chemin. Ce sont des envies d'Abitibi, des enivrances de montagnes de sentiers de mousse et de cailloux, quand tu conduis sur ce boulevard trop large tu t'accroches à la première volée de bernaches du printemps et tu la suis jusqu'au Saguenay, tu t'en vas jusque iousqu'y a plus de route. Là-bas, tu t'assois sur ta grande galerie, tu as des bisons des sangliers un jardin jusqu'au couchant, là-bas tu t'appelle Marie Amyotte, ta mère est huronne et tu chantes en trois langues et tu chantes en ta langue.

17 févr. 2010

Dimanche 1993

Souvent, le dimanche, juste après la messe, il venait dîner à la maison. Maman achetait un pain belge à la pâtisserie, et quelques meringues quand je l'accompagnais. Je me rappelle la voiture mauve bourgogne stationnée devant la maison, je me rappelle de lui assis au bout de la table et de nous qui l'écoutons parler, derrière lui la porte patio éclaire la nappe blanche nous savons tous qu'il a fait la guerre nous en sommes fiers. Une fierté qui glace le sang un orgueil dont on ne sait rien de la valeur. Il paraît qu'il était aviateur, il paraît qu'il était radio, il paraît qu'il était mécanicien, il paraît qu'un jour il a survécu a un terrible accident d'avion et que tous ses amis sont morts sous ses yeux. Il nous raconte son trajet, de la rue de Bruxelles jusqu'à chez nous, il nous fait un rapport détaillé de la route, de sa vitesse, de sa consommation d'essence. Dans son regard, mille milliards de kilomètres défilent, mille milliards de kilomètres, remplis d'avions, de murs, de barbelés, de cigarettes, des kilomètres de coleslaw, d'orphelinats, de beaucerons, des kilomètres d'Hélènes, de rouge à lèvre rouge rouge, de motos, des kilomètres de terrains de camping, de coffres à vaisselle verts, d'usines, des kilomètres de cartes postales, de chapeaux de paille, de chemises à manches courtes, de naissances et d'adieux.
Nous sortons tous dans la cour, Papa et Maman ramassent la vaisselle et la nappe blanche. Le soleil de juin nous tape sur la tête et la piscine hors-terre est encore verte dans les coins. En nageant, avec mes lunettes de plongée, je regarde les carcasses d'araignées en suspension. Il nous surveille, on file doux, pas de bagarres pas de hurlements que des jeux calmes, pourtant il n'a rien dit il ne nous fait pas peur il ne nous chicanera pas il est seulement là, il nous surveille.
Quatorze heures. L'heure du départ. On joue dans l'entrée de garage et il sort. Becs sur les joues, Papa et Maman sur la galerie, becs sur les joues, aux grands frères qui ont mis des cartons dans leurs roues de vélos pour faire du bruit. Moi j'attends mon tour dans les marches, ma mère me met mon chapeau rose, mon père crinque la caméra, lui s'approche et vient me dire au revoir. Je le regarde, il m'impressionne trop je ne sais plus répondre. Et le héros silencieux s'en va, avant que je ne retrouve ma langue.


5 févr. 2010

Loon blues

Tu voudrais pouvoir te rouler dans neige mais y a juste de la sloche brune. Tu voudrais faire tomber les highways, planter des saules dans les égouts de la rue Sainte-Catherine. Les ruelles sont assommées de sacs poubelles, le printemps pue des pieds.

Tu voudrais que Montréal soit New-York tu voudrais des bars que tu connais pas encore, des inconnus à tous les coins de rues, tu voudrais te casser le cou en regardant la cime des grattes-ciel.

Tu voudrais être au nord et parler anglais avec des étrangers.

Une piastre dans la poche de ta chemise.

Hey Loon gimme a kiss, throw you wings to the sky,
I will be waiting by the lake, for you, for a feather to pass by
And if I can spread my arm high enough to get it
Try de me ramener chez nous aux pieds des chutes


15 janv. 2010

Grouille don' pas un'minute

« Ce que tu nous lègues aujourd’hui, ce sont non seulement des souvenirs, des saveurs, et des découvertes inoubliables, mais une ambition importante : celle de perpétuer, avec nos futurs enfant, nos futurs petits-enfants, cette façon de vivre tout en force et en douceur, celle de la communauté, de la terre, du don de soi et de l’authenticité. Fidèle à toi-même, tu es resté digne et vigoureux jusqu’à la fin. Fidèle à toi-même, tu es parti un peu sans avertir. En plus je suis sûre que tu as oublié d’attacher ta ceinture! Merci d’avoir été le plus inspirant des idoles, et bonne route.»
L'église pleine releva la tête et la famille s'engagea dans l'allée centrale. Jacques marchait devant avec l'urne, ses huit frères et sœurs suivaient, la mine lourde, la main dans celle de leur mère. Le bedeau ouvrit la grande porte centrale, dehors il faisait gris mais la neige rendait le jour plus clair. Un léger coup de vent froid fit vaciller les flammes des cierges. La lente procession se dirigea vers la salle paroissiale, grand-mère devant, les jambes molles, le cœur en tempête et les pensées voyageant entre les ficelles des années passées et futures. À la ferme, cinq kilomètre plus loin, un grand pin s'endormit debout.

15 déc. 2009

Tulips for Sale

Il pleut. Au pied de l'auberge ce n'est pas le canal c'est la rue, avec ses vélos ses voyous ses voitures. Il n'y a pas de bateaux, il y a le tram qui fait vibrer les fenêtres du sous-sol où nous nous réfugions sous les édredons des lits deux étages loués trop cher. C'est drôle, moi qui croyait qu'Amsterdam était d'eau et de vent, oui, il pleut, c'est vrai, et l'aération nous couvre de poussière. Demain nous passerons la nuit dehors nous presserons le jus de la ville nous boirons sa luxure et lècherons son front suant, nous embrasserons ses lumières arc-en-ciel, le corps arc-bouté par des mains kaléidoscopes au rythme d'un jazz brûlant qui colle à la peau. Dans la gare les néons piquent nos yeux le premier train passera dans deux heures. Le gardien nous a trouvés, il a dit: "You can stay but don't sleep.'' Il pleut. La nuit baille d'une haleine glaciale.

9 déc. 2009

Hongrie mon amour

Budapest ne fait pas la bise aux voyageurs qui débarquent du bus. Elle les enfourne dans sa poche de tablier, dans son métro hurlant rempli de vieillards à la peau trop sombre. Sur les panneaux les noms des stations nous regardent en se moquant. À Jozsefkorüt, nous n'avons pas le temps de réfléchir, les portes claquent en s'ouvrant brusquement et nous voguons dans la foule qui se presse jusqu'aux bouches de lumière -les escaliers mènent à la rue ensoleillée. Dehors, des immeubles en cellophane battent au vent. L'auberge se cache quelque part sur le boulevard, mais les grandes portes et les sonnettes nous tournent le dos. Un homme nous bouscule il sent le paprika il dit "Bocsànat!" il entre dans un café en fredonnant. Le trottoir est large, les arbres, feuillus. Autour de nous les sons se tordent, les mots se perdent, même les klaxons parlent hongrois.
"-Il avait dit quelle heure, le gars de l'auberge?
- 14 heures.
- Et là, il est quelle heure?
- 16 heures."
On a mangé un sunday à 442 forints et je crois qu'on a failli pleurer.

Je ne parle pas Italien

Dolcezza, delizia, pollastrello mia, gioia mia, non voglio vederti mai più. Hai le manni belle, si, ma non piacciono i film tragicomici. Non importa. Se non ci sono, non aspettarmi. Toccami qui. Mi ami? A che cosa serve? Mi sono persa. Chi gioca, chi vince? Vorrei esplorare relitti...questa è roba da matti. Posso restare la notte?

Mon sucre d'orge, mon petit morceau de sucre, mon poussin, ma joie, je ne veux plus te voir. Tu as de belles mains, oui, mais je n'aime pas les comédies dramtiques. Ce n'est pas important. Si je ne suis pas là, ne m'attends pas. Touche-moi. Tu m'aimes? À quoi ça sert? Je suis perdue. Qui joue, qui gagne? Je voudrais explorer des épaves...c'est de la folie. Je peux rester pour la nuit?


Merci à Benjamin. Ton guide de l'Italien pratique en voyage m'a desennuyée pendant les oraux de lundi.
Ciao!